
Cachez ce sexe que je ne saurais voir !
Dans une ambiance délétère où l’homosexualité est assimilée au sionisme, un tribunal cairote a condamné 23 personnes à des peines de travaux forcés pour “débauche et mépris de la religion”.
Le quartier chic de Zamalek, dans le nord du Caire, concentre beaucoup de boîtes de nuit de la capitale égyptienne. Le 11 mai dernier, l’une d’entre elles, le Queen Boat, était investie par une escouade de policiers en armes. Cette barge flottante, ancrée sur les bords du Nil, était un des hauts lieux de la communauté gay cairote. Comme souvent, la boîte était aussi fréquentée par des touristes et des couples hétérosexuels. Les policiers ont cependant pris soin de n’arrêter que les célibataires mâles, évitant soigneusement d’y ajouter les femmes et les Occidentaux. Depuis l’arrestation, quelque 52 personnes attendaient être jugées. Le procès commencé en juillet, s’achevait le 14 novembre par la condamnation de 23 personnes à des peines de travaux forcés allant de deux ans à cinq ans. Tous était accusés de “débauche” et de “mépris de la religion”.
La presse tant égyptienne que panarabe consacre peu de place au verdict d’un procès qui a pourtant défrayé la chronique. Le quotidien “Al Hayat” se contente de rapporter le verdict et de noter que Charif Farhat, le “chef du réseau”, a écopé de la plus lourde peine, cinq ans, parce que “les services de sécurité avaient saisi des documents compromettants à son domicile”. Le quotidien parle “de photos de perversion sexuelle, de photos prises à Jérusalem et dans les Territoires occupés ainsi que de cassettes reprenant l’hymne israélien”. Selon “Al Hayat”, la séance du tribunal n’aurait duré que quelques minutes et le président de la cour a “rapidement débité les sentences, d’une voix inaudible”. Les prévenus, entassés dans une cage, “étaient agités, alors que leurs familles se relayaient pour les informer des sentences”.
Les 52 prévenus et “le sionisme international”
Quatre mois durant, l’ambiance autour de ce procès aura été exécrable. La presse populaire s’est emparée de toutes les rumeurs et certains quotidiens et magazines plus “sérieux” n’ont pas lésiné sur les commentaires odieux. Le 20 août, “Al Ousbou’”, un hebdomadaire cairote, écrivait : “Le monde se fiche des Palestiniens massacrés en Israël et se passionne pour le sort de quelques pervers”. Le magazine tonnait contre la campagne organisée par une ONG arabe de défense des homosexuels musulmans, Al-Fatiha, et soutenue par Amnesty International. “Al Ousbou” n’hésitait pas à établir un lien entre les 52 prévenus et “le sionisme international” et à enjoindre “les Egyptiens et tous les musulmans a se lever en masse contre la perversion”. Sous le titre “devenez un pervers pour complaire à l’Oncle Sam”, l'hebdomadaire “Al Ahram Al Arabi” du 25 août écrivait, pour sa part, que “la promotion de la perversion était le dernier cri de la culture américaine”. Sur le même ton, le journal soutenait que “50 millions de pervers vivaient aux Etats-Unis, dont 17 millions d’homosexuels masculins. Le reste étant des lesbiennes”.
Bloquer les courriels de la présidence égyptienne
Un site Internet, GayEgypt.com, a joué un rôle déterminant tout au long des quatre mois de procès. Rassemblant l’ensemble des articles parus sur le sujet, il a suivi au jour le jour les attendus du procès. En multipliant les appels, son fondateur, Ali Asali, un nom d’emprunt, a réussi à inonder les ambassades égyptiennes du monde entier de quelque 26 000 lettres et à bloquer les serveurs de courriel de la présidence égyptienne et du ministère de l’Intérieur.
Interrogé par “The Middle East Times”, Ali Asali s’explique : “Le procès du Queen Boat n’est qu’une diversion. Il permet au pouvoir de distraire le peuple des problèmes économiques, du chômage et de la pauvreté”. De plus, “faire condamner des homosexuels, c’est donner à moindre frais, des gages aux islamistes égyptiens”. Ali Asali raconte qu’en janvier dernier, “sur l’injonction des Frères musulmans égyptiens, le ministre de la Culture ordonnait la destruction des 6 000 exemplaires d’une nouvelle édition des poèmes d’Abou Nawâs. Le grand poète arabe du VIIIe siècle est surtout célèbre pour l’homoérotisme de ses vers”…
© Courrierinternational.com
GayEgypt.com would like to point out that infact the 26,000 letters were sent by Amnesty International but we are very grateful to Le Courrier for their coverage and support.
This article e-mailed to us by Don Aziz of kelma.org - a gay maghreb online magazine in French.
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